BLOGIRAQ ET DU PROCHORIENT

Pour comprendre la guerre en Irak et éviter l'Islamophobie galopante - To understand the war in Iraq and to avoid Islamophobia - Each post is in French with an English version -

Tuesday, March 28, 2006

IRAK, I DO NOT WANT YOU IN MY GOVERNMENT

Les Britanniques avaient soutenu les Sunnis dans les années 20 en mettant sur le trône d'Irak un Faysal d'Arabie, en fait le fils du Sheriff de la Mecque ; il semble que les Américains aient fait l'erreur inverse 80 ans plus tard en favorisant nettement les Shiites. Si les Sunnis sont en minorité en Irak, c'est une minorité relative : ils sont quelque 40% de la population musulmane qui représente elle-même 80% de la population irakienne. Quand on constitue une minorité aussi puissante, on a envie d'être pris au sérieux.

Et c'est précisément ce qu'avait fait Saddam Hussein, Sunni lui-même, en imposant sur le pays la poigne de fer de la minorité sunnite. Les Shiites ont toujours mal ressenti cette dictature d'une minorité et se sont appuyés sur les Shiites iraniens à l'Est pour contre-balancer le pouvoir tyrannique de Saddam Hussein et de son parti laic, le Baas.

Dès la fin des années 70, ils ont commencé à envoyer en Iran des hommes pour être formés par les Iraniens à la guerrilla, notamment après l'arrestation et la condamnation à prison à vie du grand ayatollah Sayed Mushin Al Hakim, leader religieux . La dynastie Al Hakim est illustre en Irak depuis la fondation du prestigieux Mouvement Islamiste pour avoir lutté contre le mandat britannique en 1920 et provoqué la révolte arabe qui incita les Anglais à mettre sur le trône Faysal, un allié des Britanniques dans la Première Guerre contre les Ottomans et paradoxalement un Sunni (comme les Turcs).

En 198o, le Grand ayatollah Mohamad Baqir Al Sadr fut exécuté avec sa soeur Amina Al Sadr et Saddam Hussein émit un décrêt ordonnant la mise à mort de tous les membres du Mouvement Islamiste (Shiite). La même année, sentant sa vie en danger, l'ayatollah Mohammed Baqir Al Hakim, fils de Sayed Mushin Al Halkim, s'enfuit en Iran et contribua à créer le SCIRI (Conseil Suprême de la Révolution Islamique en Irak). Avec l'aide d'autres exilés, il mit en oeuvre une triple stratégie : mettre en oeuvre des réseaux populaires secrets de résistance en Irak, entrainer d'autres exilés au maniement des armes, créer une force armée susceptible de combattre le régime de Saddam .

Pendant la guerre contre l'Iran et la guerre du Golfe de 1991, des milliers de déserteurs rejoignirent ces forces armées en Iran et se constituèrent en brigades qui furent plus ou moins centralisées sous le commandement de la Brigade Badr, force armée du SCIRI. La fin de la première guerre du Golfe vit une révolte shiite, largement inspirée et guidée par le SCIRI, violemment réprimée par Saddam Hussein. Après la répression, Mohammed al-Hakim devint le leader des Shiites irakiens et en 2003, après l'invasion américaine, fut proclamé Grand Ayatollah, c'est à dire le leader religieux suprême des Shiites. Il revint en triomphe dans le pays mais adopta une attitude ambigue vis à vis de l'occupation américaine.

Finalement il accepta de siéger au Conseil de Gouvernement créé par les Américains, se prononca pour la séparation de l'Etat et du Clergé mais en faveur d'un Etat islamique ce que les Américains refusèrent. Il fut assassiné en Août 2003 sans que personne ne revendique le meurtre qui profitat aux plus extrêmistes des Shiites, aux survivants du parti Baas et aux Iraniens plus conservateurs. Sa mort ne semble pas reliée à une rivalité Sunnis/Shiites. Son frère Abdul Aziz al-Hakim (photo ci-dessus) lui a succédé à la tête du SCIRI, premier parti politique irakien, mais a bien du mal à faire croire aux Irakiens qu'il n'est pas une marionnette de Teheran.

Sa disparition a en tout cas a laissé un vide politique dans lequel se sont jetés bien des hommes politiques non religieux, mais plus sectaires, notamment le Premier Ministre actuel, Ibrahim Jafari. Ce dernier supporte une autre milice armée, la bande de Moktada al-Sadr, un clerc violent, en fait l'homme de main de Jafari qui lui doit sa nomination comme PM.

C'est en réponse à ces manipulations et aux violences des milices armées shiites que les Sunnis ont constitué leurs propre milices. Alors que les Shiites ont terriblement souffert de la main mise d'un Sunni sur le pays et de la répression sanglante des années 90, les Sunnis sont trop conscients que la minorité qu'ils représentent peut se retrouver à tout moment dans une situation de minorité opprimée. Les bandes à Badr et à Sadr ont montré quel vilain tour pouvaient prendre les choses dans le pays.

Du coup les Kurdes et les Sunnis ont du mal à accepter la nomination de Jaffari qui s'accroche à son poste alors même que le Président Bush lui fait indirectement savoir le 28 mars 2006 qu'il ne le soutenait plus. Excédé de l'incapacité de Jafari à former un gouvernement et de la violence shiite, le Chef de la Maison Blanche lui aurait passé le message suivant par l'intermédiaire de l'ambassadeur américain à Baghdad :" President Bush "doesn't want, doesn't support, doesn't accept Mr. Jafari to be the next prime minister."

La constitution exige une majorité qualifiée des 2/3 du Parlement ( 275 membres) pour la nomination du PM et de son gouvernement. Le lâchage de Jafari par l'administration républicaine va peut-être lever le blocage. Ou au contraire remettre les pendules à zero et faire repartir la tragi-comédie pour un tour. Deux choses sont certaines : 1- les Américains commencent à s'impatienter 2- les Irakiens veulent se débarrasser de Jafari comme l'indiquent sans conteste un nombre croissant de blogs irakiens et les réactions de certains membres de la hiérarchie shiite qui s'exaspèrent de son obstination et son incapacité à se faire accepter.

PS : Test du barbu. Cela dit, coupez leur la barbe à tous ces ayatollahs, retirez leurs lunettes fumées d'intellectuel, enlevez leur Allah et qu'est ce que vous avez ? Votre réponse ici.
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The French made the first mistake in 1920 : kicking Faysal of Arabia, recently proclaimed King of Syria, son of the Sheriff of Mecca and friend of Lawrence of Arabia, out of the country.
Faysal, a Sunni, had led the Arab revolt against the (Sunni) Ottomans since 1915 and was considered an able leader. That led the Brits to make the second mistake : to crown him King of Iraq to compensate for the loss of Syria. Then, 80 years later, Americans made the third mistake : to support the Shia in the establishment of an Iraqi government.

One of the main problems of Iraq is that the Sunni are an important minority, about 40% of the total Muslim population of Iraq which is 80% Arab. The rest is Kurd (Sunni Muslims) or Assyrian (Christian). When one represents such a powerful minority, one wants to be taken seriously.

It is exactly what did Saddam Hussein, himself a Sunni, who ruled Iraq since 1979 with an iron fist. Since the beginning, the Shia have resented this dictatorship of a minority and sought the support of the (Shiites) Iranians to the East in order to alleviate their miseries and check the tyrannical power of Hussein and his Ba’ath party.

As soon as the late 70s, the Shia sent men to Iran to receive military training, notably after the arrest of the Great Ayatollah Sayed Mushin Al Hakim, considered as the Supreme religious leader. The al-Hakim (or Hakeem) dynasty of Iraq is extremely popular in the country since the foundation of the Islamic Movement that initiated the Arab revolt in 1920 against the British mandate and forced London to have Faysal (of Arabia) crowned King of Iraq in 1921.

But in 1980, Saddam Hussein issued a decree sending to death every member of the Islamic Movement and had the Great Ayatollah Mohamad Baqir Al Sadr and his sister Amina executed by his henchmen. The same year, fearful for his life, the ayatollah Mohammed Baqir al-Hakim, son of Sayed Mushin al-Halkim, fled to Iran and set up the SCIRI or Supreme Council of the Islamic Revolution in Iraq.

He recruited other exiles and implemented a triple strategy : to create secret resistance cells in Iraq, to give military training to other exiles and to develop armed forces capable to fight Saddam’s regime. During the Iran/Iraq war and the first Gulf War, thousands of deserters joined the Shia’s militia in Iran which were eventually centralized under the unique command of the Badr brigade, considered as the fighting arm of the SCIRI. At the end of the first Gulf War, the Shia went on a revolt path against Saddam who brutally repressed the movement causing thousands of casualties. The outrage was such within the Shia community that Mohammed al-Hakim was appointed Great Ayatollah, becoming the Supreme religious leader of the Iraqi Shias.

In 2003, after the end of the second Gulf War, he triumphantly came back to Iraq and adopted an ambiguous attitude towards the American occupation. First, he denounced it, then he accepted to be part of the Governing Council but stated that the State and the Cleric should be separated but under the supervision of an Islamic state, which was refused by the American administration.

Unfortunately for the future of Iraq, he was assassinated in August 2003 and the attack was not claimed by any faction. His death benefited only the most extremist elements in Iraq and Iran and does not seem to be caused by any Shia/Sunni rivalry. His younger brother Abdul Aziz al-Hakim (above picture) took over the SCIRI presidency but he is considered by many in Iraq as a puppet of his masters in Teheran.

His disappearance from the public scene created a political void that was immediately filled by non cleric elements and more sectarian politicians, like the current Prime Minister Ibrahim Jafari (or Jafaari). The latter controls and support a private militia, named Sadr gang after his leader, the violent cleric Moktada al-Sadr, who is actually Jafari’s henchman and lies behind Jafari’s appointment to the Premiership.

To counterbalance those manipulations and the threat paused by the Shiites militias, the Sunni set up their own militias and make it clear that they were not going to be ostracized or oppressed by their Muslim brothers which triggered the Shia into thinking that maybe they could again find themselves in the situation of an oppressed majority. History does not repeat itself, they say, but it is hard to believe : the Sadr and Badr gangs have proved this saying to be wrong.

In this context, Kurds and Sunnis can not accept the re-election by the newly elected Parliament of Jafari to the Premiership whereas the latter sticks to his ambitions and his job like a enraged dog in spite of the recent warning from President Bush that enough was enough. The US ambassador in Iraq told him last Tuesday (28 march) without nuances that “ President Bush "doesn't want, doesn't support, doesn't accept Mr. Jafari to be the next prime minister."

The Iraqi constitution stipulates a qualified majority (2/3) of the 275 members of the Parliament to nominate the Prime Minister and his Government. The decision by President Bush to let down Jafari is a major turn of policy. It can trigger anything in the country, bad or good. But two things are henceforth certain : 1- Americans are losing patience , 2- a rising number of Iraqis want to get rid of Jafari as testify so many blogs written by Iraqis leaving in Iraq.

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