BLOGIRAQ ET DU PROCHORIENT

Pour comprendre la guerre en Irak et éviter l'Islamophobie galopante - To understand the war in Iraq and to avoid Islamophobia - Each post is in French with an English version -

Sunday, March 12, 2006

LA FIN DE LA GUERRE ET LA MONTEE DU NATIONALISME

L'armistice de Mudros en 1918 démantèle l'empire ottoman allié aux Allemands. Il ne reste guère aux Turcs que l'Anatolie, plus l'Arménie et le Kurdistan qui seront créés indépendants par le traité de Sèvres en 1920, mais ce dernier ne sera pas ratifié et ces deux entités demeurent plus ou moins sous contrôle turc.

Les Britanniques qui règnent en maitre sur l'ancienne province ottomane d'Irak unissent les trois provinces de Mosul, Basra et Bagdad en une seule entité irakienne, un conglomérat assez hétéroclite de races, religions et cultures qui n'ont jamais pu vivre en paix. La question de savoir quel statut donner à cette entité nationale naissante va être longuement débattue à Londres. En 1920, un groupe de nationalistes arabes irakiens se réunirent à Damas et proclament l'émir 'Abd Allah, frère ainé de Faysal I, récemment proclamé lui-même Roi de Syrie par des nationalistes arabes syriens, Roi d'Irak.

Entre temps, Faysal I (cf. photo ci-dessus) - qui avait été le protégé du fameux Lawrence of Arabia pendant la guerre- fut expulsé de Syrie par les Francais qui avaient obtenu un mandat sur le Liban et la Syrie et cette expulsion changea la donne locale : en 1921, les nationalistes arabes irakiens et les Britanniques se mirent d'accord pour offrir le trône d'Irak à Faysal I qui fut couronné en Août à la condition expresse qu'il établisse, sous mandat britannique, un régime constitutionnel, représentatif et démocratique. Comme quoi, 80 ans avant les Américains de George Bush, les Britanniques entretenaient les mêmes naives illusions sur la réalité géopolitique de la région.

En 1922, le Gouvernement de Faysal et Londres signèrent un traité d'alliance de 20 ans qui prévoyait la liberté religieuse et missionaire, mais surtout obligeait Londres à un rôle d'assistance militaire, diplomatique et financier. L'Irak devenait en fait pour 20 ans une colonie britannique sous la prétendu souveraineté d'un Roi arabe. En 1924, l'Assemblée constituante vota une Loi Organique (Constitution approuvée par le Roi en 1925) qui prévoyait une monarchie constitutionnelle et un gouvernement parlementaire appuyé sur deux Chambres selon le modèle britannique. La durée du traité d'alliance fut ramenée à 4 ans. Mais la dualité de ce régime rencontra l'opposition croissante des nationalistes qui mirent en avant que le pays avait deux chefs, un à Bagdad et un à Londres. En 1929, Londres admit leur point de vue et promit l'indépendance totale pour 1932. En Octobre 1932, l'Irak, nation souveraine et totalement indépendante, fit son entrée à la Société des Nations (SDN).

A la même époque, le roi Faysal, malade du coeur, se rendit en Suisse pour se faire soigner. Avant de mourir en 1933, il laissa un testament politique où il confessa son désarroi et son amertume de la façon suivante :"Je dois dire - et mon coeur est empli de tristesse - qu'il n'y a toujours pas en Irak un peuple irakien, mais seulement une inimaginable masse d'êres humains, dénués de toute idée patriotique, remplis de traditions religieuses et d'absurdités, reliés entre eux par aucun point commun, prêts à écouter le mal, enclin à l'anarchie, et constamment préparés à s'élever contre toute forme de gouvernement."

Entre temps, la violente répression de la rebellion des Chrétiens Assyriens de Mosul contre le manque de libertés religieuses, pourtant promise par la constitution, provoqua la chute du gouvernement. Le nouveau Roi, Ghazi (1912-39), est jeune et inexpérimenté et a un faible pour les voitures de sport. De 1932 à 1934, le Gouvernement va tomber cinq fois sous l'effet de révoltes tribales provoquées par des chefs tribaux opposés aux hommes au pouvoir. A partir de 1936, le Roi s'appuya sur l'armée et sur une succession de coups d'Etat militaire mais sans que celle-ci parvienne à établir un semblant d'ordre dans le pays et surtout une organisation pacifique et démocratique de la société civile.

Néanmoins, grâce notamment aux royalties pétrolières, le pays put dans les années 30 lancer plusieurs projets importants de développement économique et urbain et conclure des accords politiques durables avec plusieurs de ses voisins, notamment avec la Syrie et l'Iran au sujet de la frontière du Shatt al' Arab. En 1939, le roi Ghazi meurt dans un mystérieux accident de voiture et son fils Faysal II, âgé de 4 ans, est proclamé Roi. La régence va être exercée par son oncle, l'Emir 'Abd al-Ilah, pendant les 14 années suivantes.

Le climat politique ne s'améliora pas après la guerre et en 1958 un coup d'Etat militaire mit fin à la monarchie qui ne sut pas imposer la démocratie et le système parlementaire aux vieux notables et aux chefs tribaux. De notables réalisations économiques furent toutefois effectuées, notamment dans le domaine pétrolier et agraire ou dans la percée de canaux d'irrigation. Le 14 jullet 1958, le mouvement des Officiers Libres, menés par le Gal. Abd al-Karim Qasim et son collaborateur le plus proche Abd as-Salam 'Arif, assiègent Bagdad et proclament la République. Les membres de la famille royale sont exécutés. Très vite, Qasim et Arif vont en venir aux mains et Arif est écarté du pouvoir. Toutefois, dès 1959, le pouvoir de Qasim est menacé par d'autres factions et en 1961, il tente un coup de bluff et, comme Saddam Hussein trente ans plus tard, il va revendiquer le Koweit, rencontrant l'hostilité des autres Etats arabes et du Royaume Uni. De plus en plus isolé, Qasim va finir par tomber sous les balles d'un autre coup d'Etat militaire, mené par un groupe Arabe nationaliste lié au Parti Socialiste Arabe Ba'th ("Revivalist" ou "Renaissance") qui déclenche une rébellion en Février 1963 et fait tomber le régime de Qasim qui sera exécuté.











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