BLOGIRAQ ET DU PROCHORIENT

Pour comprendre la guerre en Irak et éviter l'Islamophobie galopante - To understand the war in Iraq and to avoid Islamophobia - Each post is in French with an English version -

Sunday, March 12, 2006

OTTOMANS : 7 SIECLES DE DOMINATION ET PUIS PLUS RIEN

La domination ottomane va durer 7 siècles mais dès le XVIIème les influences européennes et les ambitions des marchands anglais et hollandais mettent son rayonnement à mal. Au début du XVIIème, la région est fermement administrée par les Ottomans et l'Islam sunnite turc domine le monde arabe. Dans le Sud de l'Irak, les Shi'ites resentent cette domination comme une oppression mais ils continuent d'exercer un pouvoir intellectuel et économique important et la paix civile est préservée. Les Ottomans considèrent la région comme une zone tampon destinée à protéger l'Anatolie et la Syrie des pressions perses ou des revendications des tribus arabes et kurdes.

Toutefois, des pressions sécessionnistes fomentées par des aventuriers ou des militaires favorisèrent au XVIIème les ambitions marchandes des Britanniques, des Portugais et des Hollandais actifs en mer Rouge et peu à peu les marchands se taillèrent une sorte de pied a terre à Basra. Les locaux parvinrent même à évincer brièvement de Bagdad les Ottomans avec l'aide des Perses Safavides ce qui donna lieu à des persécutions des minorités sunnites, notamment lors de la reprise de Bagdad par les Ottomans en 1638. Ce n'est qu'à la fin du siècle que le Sultan parvint à rétablir efficacement son autorité sur le sud du pays : un lien entre les Shi'ites au Sud et l'empire perse avait ainsi été créé qui a perduré jusqu'à nos jours. Les difficultés intérieures en Anatolie, notamment la folie d'un des sultans (Ibrahim I, 1640-48), sont à l'origine des troubles apparus en Irak : l'oeuvre du sultan Murad IV fut ainsi largement dilapidée.

Le XVIIIème siècle va voir la montée en puissance des Mamelouks, esclaves chrétiens du Caucase convertis à l'Islam, qui vont intervenir comme garants de l'ordre pour le compte des Ottomans. L'un d'eux, Suleiman Pasha, deviendra Pasha de Bagdad, un autre -attiré par le gain- permettra en 1763 à la British East India Company de créer une agence à Basra et Suleiman Pasha donna une autorisation permanente pour Bagdad en 1798. A la fin du XVIIIème, les Mamelouks ont bien établi leur autorité en Irak et leur seul souci provient d'incursions wahhabites en provenance d'Arabie. En 1801, le sac du lieu sacré Shi'ite de Karbala' sera la marque d'un changement d'époque.

Au XIXème, les Mamelouks vont commettre l'erreur ultime : se tourner vers l'Occident pour la fourniture d'armes ne faisant toutefois que répliquer pour l'Irak ce que les Egyptiens avec Muhammad 'Ali Pasha faisaient déjà avec la France. En 1831, une inondation ravagea Badgad et la peste tua des milliers de ses habitants. Le sultan décide de mettre un terme à la suprématie des Mamelouks et envoya à Bagdad un gouverneur ottoman. Vingt ans plus tard, il ne reste rien de l'autonomie locale que les Mamelouks avaient accordé à différents notables, familles, tribus ou factions, notamment aux chefs religieux Sunnites de Karbala et An-najaf. Ces changements modifièrent totalement la structure tribale de la région, notamment sous le gouvernorat de Midhat Pasha (1869-72) qui introduisit des réformes dans tous les domaines, créa des ports, des systèmes de drainage, des routes, modifia le code rural avec l'application de la Loi agraire ottomane (1858), établit écoles et hopitaux et bouleversa profondément la structure politique et économique de la région. Dans les années 60, le telegraphe fut installé entre Baghdad et Istanbul et dans les années 80, le système postal fut étendu à l'ensemble de l'Irak. A la mort de Midhat Pasha en 1869, l'Irak apparait plus solidement ancré que jamais à Istanbul.

Par ailleurs, la sécularisation du pays alla bon train et des écoles chrétiennes et juives fleurirent un peu partout, la plus fameuse étant l'Ecole Israélienne de Bagdad qui avait la réputation d'être la meilleure du pays. Les Ottomans offrirent en outre aux jeunes de la région la possibilité de faire une carrière dans l'armée ottomane et de très nombreux jeunes gens, en immense majorité Sunnites, choisirent le métier des armes, parmi eux deux figures essentielles de la nation irakienne naissante en 1921, Nuri as-Sa'id et Yasin al-Hashimi. Il va sans dire que les élites religieuses, Sunnites ou Shiites, souffrirent d'une désaffection du public ce qui provoqua un resentiment croissant des chefs religieux vis à vis des Ottomans.

Au début du XXème, l'Irak parait plus solidement ancré aux Ottomans que la plupart des autres pays arabes, notamment la Syrie où le nationalisme est déjà virulent. Le changement va venir de la propension des Ottomans -notamment des Jeunes Turcs à Istanbul- à s'allier aux Allemands et notamment de paraitre aux Britanniques soucieux de complaire aux vues hégémoniques du Kaiser. Les intérêts britanniques pour les champs pétrolifères du Golfe Persique, y compris ceux récemment découverts en Irak, apparurent aux yeux de Londres clairement menacés par ces rapprochements germano-turcs, notamment lorsque les Allemands obtinrent le contrat de construction de la voie ferrée reliant Istanbul à Bagdad et les droits d'exploitation des minerais le long de cette route.

Lorsque la Première Guerre éclate, les Britanniques ont formé l' Anglo-Persian Oil Cy qui exploite les champs du coté perse du Golf et la Turkish Oil Cy avec des interêts hollandais et allemands en vue d'explorer et exploiter des champs près de Bagdad et Mosul. En Novembre 1914, un corps expéditionaire britannique occupa Basra et en mars 1917, après différents revers, entre victorieux dans Bagdad. Le sort de l'Irak ottoman, contrôlé par les Turcs et de ce fait allié aux Allemands, est scellé. L' armistice de Mudros (Oct. 30, 1918) met un terme au conflit au Proche Orient. Le mandat britannique sur l'Irak va lui succéder.


0 Comments:

Post a Comment

Links to this post:

Create a Link

<< Home