BLOGIRAQ ET DU PROCHORIENT

Pour comprendre la guerre en Irak et éviter l'Islamophobie galopante - To understand the war in Iraq and to avoid Islamophobia - Each post is in French with an English version -

Wednesday, March 15, 2006

SI LES FEMMES S'EN MELENT, Y A DE L'ESPOIR

"Do not have these radical Islamists and patriarchal institutions determine your destiny and control yourlife..... [and] hijack the hopes of the mothers for their daughters to have a better life."
Rula Dashti, Kuwait Economic Society, 12th of march 2006

Rula Dashti préside la Kuwait Economic Society et elle sait de quoi elle parle. Elle a ainsi ajouté que la nomination de certaines femmes à des postes ministériels ou autres dans les Etats du Golfe n'était qu'un paravent de fumée pour cacher la situation réelle des femmes dans le Golfe.

Tuesday, March 14, 2006

A QUAND DEUX IRAKS ?

Désormais en Irak, pour les Shiites, les Sunnis ne sont rien d'autre que des Iraniens et pour les Sunnis, les Shiites sont des terroristes salafis.
Et dans ce contexte amical, tandisque ce grand dadais de Bush nous promet davantage de chaos et de violence, les Shiites commencent à fuir les quartiers de Bagdad où les Sunnis sont en majorité, parfois à la pointe du fusil. Direction : le Sud de Bagdad, notamment la province de Wasit, où les Shiites sont majoritaires. Selon un officiel irakien, près de 2000 personnes -300 familles- seraient ainsi récemment arrivées dans la province depuis la capitale.

Si la guerre civile qu'on nous promet avec cynisme éclate -et à mon humble avis, c'est déjà fait- la partition du pays me semble inévitable : un Irak shiite au Sud (en noir sur la carte ci-contre) et un Irak sunni au Nord soutenu par la Jordanie et l'Arabie Saoudite (en bleu) avec Bagdad -ville internationale au milieu - sous contrôle de l'ONU. Cela ne vous rappelle rien ? Jérusalem en 1948 peut-être ?

Que vont devenir les Kurdes et les Chrétiens Assyriens dans cette scission, c'est un autre problème, mais il y a gros à parier que les Kurdes voudront alors leur autonomie. Comment vont alors réagir les Kurdes de Turquie ? Je n'en sais rien mais n'attendez rien de bon dans les prochaines années. Un de mes amis irakiens m'a récemment déclaré :" It’s not like in the past, nw it’s all gangs and mafias. Everything is very, very bad." Hier soir sur MSNBC, le Gal Casey, chef d'Etat major des troupes US en Irak, se disait convaincu que les choses s'amélioraient en Mésopotamie.

Mais un irakien sunni écrivait récemment ceci à un ami journaliste:"
I’m living here in the middle of shit, a civil war will happen I’m sure of it. People became more aggressive, in the way they talk, before they would care a little bit about Shia or Sunni, but now it is like you can’t be comfortable talking with a man until you know if he was Shia or Sunni, the situation is like this, and beside what do you need to start a civil war? Religious differences (Shia, Sunni), weapons, militias, politicians don’t trust each other, people don’t trust each other, seeking Revenge, weak government, separate regions for the opponents, some mixed regions from both with a lot of problems inside, tribal feelings and loyalty. To be clear, now Shia are Iranians for the Sunni, and Sunni are Salafi terrorists for the Shia. We have a civil war here." Inch Allah !

Monday, March 13, 2006

ARRETEZ LE MASSACRE EN IRAK

Des centaines de jeunes soldats américains sont morts depuis l'invasion de l'Irak en mars 2003. A la date du 27 Février, le chiffre était supérieur à 2200. Le plus tragique est que la plupart sont morts à la suite de l'explosion d'une bombe artisanale placée sur le bord de la route où ils passaient. Si vous souhaitez les connaitre mieux, cliquez sur ce lien et envoyez un email à la Maison Blanche pour dire au Président Bush -alias President Moron- (1) d'arrêter le massacre inutile de jeunes gens et que sa Politique arabe et anti-terrorisme n'est qu'une triste et cruelle joke qui retombe sur la tête d'Irakiens qui ne sont pour rien dans 9/11 et de soldats qui ne meurent même pas pour leur pays.

Parfois, je me demande si Bush ne devrait pas être considéré comme un dangereux "war criminal", notamment lorsqu'il déclare :"insurgents in Irak are trying to ignite a civil war by escalating violence" et annonce "chaos and carnage in the days and months to come."

Par ailleurs, saviez vous que GWB ne regarde jamais la TV, ne lit pas un seul journal, ne consulte jamais l'Internet ? Que penser d'un tel homme sinon qu'il a peur de lire et entendre ce que le monde entier pense de lui ! Et il y a de quoi : un sondage CNN demandant de choisir la raison du faible taux de popularité (36%) de Bush le 13 mars a produit le résultat suivant :
Communication failure
3%
268 votes
Leadership failure
97%
9850 votes
Total: 10118 votes

(1) Aux USA, un moron est l'équivalent de notre "crétin des Alpes", ie légèrement retardé.

Sunday, March 12, 2006

LA FIN DE LA GUERRE ET LA MONTEE DU NATIONALISME

L'armistice de Mudros en 1918 démantèle l'empire ottoman allié aux Allemands. Il ne reste guère aux Turcs que l'Anatolie, plus l'Arménie et le Kurdistan qui seront créés indépendants par le traité de Sèvres en 1920, mais ce dernier ne sera pas ratifié et ces deux entités demeurent plus ou moins sous contrôle turc.

Les Britanniques qui règnent en maitre sur l'ancienne province ottomane d'Irak unissent les trois provinces de Mosul, Basra et Bagdad en une seule entité irakienne, un conglomérat assez hétéroclite de races, religions et cultures qui n'ont jamais pu vivre en paix. La question de savoir quel statut donner à cette entité nationale naissante va être longuement débattue à Londres. En 1920, un groupe de nationalistes arabes irakiens se réunirent à Damas et proclament l'émir 'Abd Allah, frère ainé de Faysal I, récemment proclamé lui-même Roi de Syrie par des nationalistes arabes syriens, Roi d'Irak.

Entre temps, Faysal I (cf. photo ci-dessus) - qui avait été le protégé du fameux Lawrence of Arabia pendant la guerre- fut expulsé de Syrie par les Francais qui avaient obtenu un mandat sur le Liban et la Syrie et cette expulsion changea la donne locale : en 1921, les nationalistes arabes irakiens et les Britanniques se mirent d'accord pour offrir le trône d'Irak à Faysal I qui fut couronné en Août à la condition expresse qu'il établisse, sous mandat britannique, un régime constitutionnel, représentatif et démocratique. Comme quoi, 80 ans avant les Américains de George Bush, les Britanniques entretenaient les mêmes naives illusions sur la réalité géopolitique de la région.

En 1922, le Gouvernement de Faysal et Londres signèrent un traité d'alliance de 20 ans qui prévoyait la liberté religieuse et missionaire, mais surtout obligeait Londres à un rôle d'assistance militaire, diplomatique et financier. L'Irak devenait en fait pour 20 ans une colonie britannique sous la prétendu souveraineté d'un Roi arabe. En 1924, l'Assemblée constituante vota une Loi Organique (Constitution approuvée par le Roi en 1925) qui prévoyait une monarchie constitutionnelle et un gouvernement parlementaire appuyé sur deux Chambres selon le modèle britannique. La durée du traité d'alliance fut ramenée à 4 ans. Mais la dualité de ce régime rencontra l'opposition croissante des nationalistes qui mirent en avant que le pays avait deux chefs, un à Bagdad et un à Londres. En 1929, Londres admit leur point de vue et promit l'indépendance totale pour 1932. En Octobre 1932, l'Irak, nation souveraine et totalement indépendante, fit son entrée à la Société des Nations (SDN).

A la même époque, le roi Faysal, malade du coeur, se rendit en Suisse pour se faire soigner. Avant de mourir en 1933, il laissa un testament politique où il confessa son désarroi et son amertume de la façon suivante :"Je dois dire - et mon coeur est empli de tristesse - qu'il n'y a toujours pas en Irak un peuple irakien, mais seulement une inimaginable masse d'êres humains, dénués de toute idée patriotique, remplis de traditions religieuses et d'absurdités, reliés entre eux par aucun point commun, prêts à écouter le mal, enclin à l'anarchie, et constamment préparés à s'élever contre toute forme de gouvernement."

Entre temps, la violente répression de la rebellion des Chrétiens Assyriens de Mosul contre le manque de libertés religieuses, pourtant promise par la constitution, provoqua la chute du gouvernement. Le nouveau Roi, Ghazi (1912-39), est jeune et inexpérimenté et a un faible pour les voitures de sport. De 1932 à 1934, le Gouvernement va tomber cinq fois sous l'effet de révoltes tribales provoquées par des chefs tribaux opposés aux hommes au pouvoir. A partir de 1936, le Roi s'appuya sur l'armée et sur une succession de coups d'Etat militaire mais sans que celle-ci parvienne à établir un semblant d'ordre dans le pays et surtout une organisation pacifique et démocratique de la société civile.

Néanmoins, grâce notamment aux royalties pétrolières, le pays put dans les années 30 lancer plusieurs projets importants de développement économique et urbain et conclure des accords politiques durables avec plusieurs de ses voisins, notamment avec la Syrie et l'Iran au sujet de la frontière du Shatt al' Arab. En 1939, le roi Ghazi meurt dans un mystérieux accident de voiture et son fils Faysal II, âgé de 4 ans, est proclamé Roi. La régence va être exercée par son oncle, l'Emir 'Abd al-Ilah, pendant les 14 années suivantes.

Le climat politique ne s'améliora pas après la guerre et en 1958 un coup d'Etat militaire mit fin à la monarchie qui ne sut pas imposer la démocratie et le système parlementaire aux vieux notables et aux chefs tribaux. De notables réalisations économiques furent toutefois effectuées, notamment dans le domaine pétrolier et agraire ou dans la percée de canaux d'irrigation. Le 14 jullet 1958, le mouvement des Officiers Libres, menés par le Gal. Abd al-Karim Qasim et son collaborateur le plus proche Abd as-Salam 'Arif, assiègent Bagdad et proclament la République. Les membres de la famille royale sont exécutés. Très vite, Qasim et Arif vont en venir aux mains et Arif est écarté du pouvoir. Toutefois, dès 1959, le pouvoir de Qasim est menacé par d'autres factions et en 1961, il tente un coup de bluff et, comme Saddam Hussein trente ans plus tard, il va revendiquer le Koweit, rencontrant l'hostilité des autres Etats arabes et du Royaume Uni. De plus en plus isolé, Qasim va finir par tomber sous les balles d'un autre coup d'Etat militaire, mené par un groupe Arabe nationaliste lié au Parti Socialiste Arabe Ba'th ("Revivalist" ou "Renaissance") qui déclenche une rébellion en Février 1963 et fait tomber le régime de Qasim qui sera exécuté.











OTTOMANS : 7 SIECLES DE DOMINATION ET PUIS PLUS RIEN

La domination ottomane va durer 7 siècles mais dès le XVIIème les influences européennes et les ambitions des marchands anglais et hollandais mettent son rayonnement à mal. Au début du XVIIème, la région est fermement administrée par les Ottomans et l'Islam sunnite turc domine le monde arabe. Dans le Sud de l'Irak, les Shi'ites resentent cette domination comme une oppression mais ils continuent d'exercer un pouvoir intellectuel et économique important et la paix civile est préservée. Les Ottomans considèrent la région comme une zone tampon destinée à protéger l'Anatolie et la Syrie des pressions perses ou des revendications des tribus arabes et kurdes.

Toutefois, des pressions sécessionnistes fomentées par des aventuriers ou des militaires favorisèrent au XVIIème les ambitions marchandes des Britanniques, des Portugais et des Hollandais actifs en mer Rouge et peu à peu les marchands se taillèrent une sorte de pied a terre à Basra. Les locaux parvinrent même à évincer brièvement de Bagdad les Ottomans avec l'aide des Perses Safavides ce qui donna lieu à des persécutions des minorités sunnites, notamment lors de la reprise de Bagdad par les Ottomans en 1638. Ce n'est qu'à la fin du siècle que le Sultan parvint à rétablir efficacement son autorité sur le sud du pays : un lien entre les Shi'ites au Sud et l'empire perse avait ainsi été créé qui a perduré jusqu'à nos jours. Les difficultés intérieures en Anatolie, notamment la folie d'un des sultans (Ibrahim I, 1640-48), sont à l'origine des troubles apparus en Irak : l'oeuvre du sultan Murad IV fut ainsi largement dilapidée.

Le XVIIIème siècle va voir la montée en puissance des Mamelouks, esclaves chrétiens du Caucase convertis à l'Islam, qui vont intervenir comme garants de l'ordre pour le compte des Ottomans. L'un d'eux, Suleiman Pasha, deviendra Pasha de Bagdad, un autre -attiré par le gain- permettra en 1763 à la British East India Company de créer une agence à Basra et Suleiman Pasha donna une autorisation permanente pour Bagdad en 1798. A la fin du XVIIIème, les Mamelouks ont bien établi leur autorité en Irak et leur seul souci provient d'incursions wahhabites en provenance d'Arabie. En 1801, le sac du lieu sacré Shi'ite de Karbala' sera la marque d'un changement d'époque.

Au XIXème, les Mamelouks vont commettre l'erreur ultime : se tourner vers l'Occident pour la fourniture d'armes ne faisant toutefois que répliquer pour l'Irak ce que les Egyptiens avec Muhammad 'Ali Pasha faisaient déjà avec la France. En 1831, une inondation ravagea Badgad et la peste tua des milliers de ses habitants. Le sultan décide de mettre un terme à la suprématie des Mamelouks et envoya à Bagdad un gouverneur ottoman. Vingt ans plus tard, il ne reste rien de l'autonomie locale que les Mamelouks avaient accordé à différents notables, familles, tribus ou factions, notamment aux chefs religieux Sunnites de Karbala et An-najaf. Ces changements modifièrent totalement la structure tribale de la région, notamment sous le gouvernorat de Midhat Pasha (1869-72) qui introduisit des réformes dans tous les domaines, créa des ports, des systèmes de drainage, des routes, modifia le code rural avec l'application de la Loi agraire ottomane (1858), établit écoles et hopitaux et bouleversa profondément la structure politique et économique de la région. Dans les années 60, le telegraphe fut installé entre Baghdad et Istanbul et dans les années 80, le système postal fut étendu à l'ensemble de l'Irak. A la mort de Midhat Pasha en 1869, l'Irak apparait plus solidement ancré que jamais à Istanbul.

Par ailleurs, la sécularisation du pays alla bon train et des écoles chrétiennes et juives fleurirent un peu partout, la plus fameuse étant l'Ecole Israélienne de Bagdad qui avait la réputation d'être la meilleure du pays. Les Ottomans offrirent en outre aux jeunes de la région la possibilité de faire une carrière dans l'armée ottomane et de très nombreux jeunes gens, en immense majorité Sunnites, choisirent le métier des armes, parmi eux deux figures essentielles de la nation irakienne naissante en 1921, Nuri as-Sa'id et Yasin al-Hashimi. Il va sans dire que les élites religieuses, Sunnites ou Shiites, souffrirent d'une désaffection du public ce qui provoqua un resentiment croissant des chefs religieux vis à vis des Ottomans.

Au début du XXème, l'Irak parait plus solidement ancré aux Ottomans que la plupart des autres pays arabes, notamment la Syrie où le nationalisme est déjà virulent. Le changement va venir de la propension des Ottomans -notamment des Jeunes Turcs à Istanbul- à s'allier aux Allemands et notamment de paraitre aux Britanniques soucieux de complaire aux vues hégémoniques du Kaiser. Les intérêts britanniques pour les champs pétrolifères du Golfe Persique, y compris ceux récemment découverts en Irak, apparurent aux yeux de Londres clairement menacés par ces rapprochements germano-turcs, notamment lorsque les Allemands obtinrent le contrat de construction de la voie ferrée reliant Istanbul à Bagdad et les droits d'exploitation des minerais le long de cette route.

Lorsque la Première Guerre éclate, les Britanniques ont formé l' Anglo-Persian Oil Cy qui exploite les champs du coté perse du Golf et la Turkish Oil Cy avec des interêts hollandais et allemands en vue d'explorer et exploiter des champs près de Bagdad et Mosul. En Novembre 1914, un corps expéditionaire britannique occupa Basra et en mars 1917, après différents revers, entre victorieux dans Bagdad. Le sort de l'Irak ottoman, contrôlé par les Turcs et de ce fait allié aux Allemands, est scellé. L' armistice de Mudros (Oct. 30, 1918) met un terme au conflit au Proche Orient. Le mandat britannique sur l'Irak va lui succéder.