BLOGIRAQ ET DU PROCHORIENT

Pour comprendre la guerre en Irak et éviter l'Islamophobie galopante - To understand the war in Iraq and to avoid Islamophobia - Each post is in French with an English version -

Saturday, March 25, 2006

UN SAMEDI ORDINAIRE EN IRAK

La police irakienne a fait ce Samedi 0 heure son rapport quotidien aux forces d'occupation :

1- Une institutrice a été tuée par des militaires irakiens alors qu'elle conduisait sa voiture le long de leur convoi dans Bagdad
2- Un prédicateur Sunni a été tué par des hommes armés alors qu'il arrêtait sa voiture à une station d'essence en vue d'une petite réparation
3- Des hommes armés ont abattu un père de famille et blessé ses deux fils alors qu'il conduisait sa voiture dans Bagdad
4- L'explosion d'une bombe dans une cabine de police près du ministère des finances a fait 4 morts civils et 5 blessés, y compris le policier de la circulation on duty à cet endroit
5- Des hommes armés ont abattu 3 individus à Mosul (Nord)
6- Une bombe artisanale cachée sur le bord de la route a tué 2 personnes à Balabroz à 70km au Nord de Bagdad
7- Des hommes armés en voiture ont tué le garde du corps du chef de la Fondation Sunni de Basra.

Le même jour, les Américains ont fait savoir qu'ils commencaient à trouver long le délai de formation du Gouvernement issu des élections législatives de Décembre dernier. Trois mois pour former un gouvernement, même la IVème République française n'est pas arrivé à battre ce record. J'ai du mal à croire que toutes ces tragédies doivent être imputées à l'occupation américaine.


LES ETATS UNIS TERRE D'ACCUEIL DU HEZBOLLAH

Président Bush ferait bien de réviser sérieusement sa stratégie de guerre contre le terrorisme et contre l'influence du Hezbollah iranien dans la propagation du terrorisme. Au lieu de maintenir quelques 120.000 hommes de troupe en Irak, un bon nettoyage des sites Hazbollah avec un nom de domaine immatriculés aux Etats Unis serait une assez bonne première étape.

Qu'on en juge, sur les quelques 20 sites diffusant des messages favorables au Hezbollah dans le monde, la quasi-totalité ont un nom de domaine et un serveur résidents aux Etats Unis. La ville la plus utilisée est Baltimore (MD), mais Bellevue (WA), San Francisco et New York City abritent elles aussi une poignée de Hezbolliens. Voici la liste des sites américains et celle du site iranien : USA :
Jihad
al-Emdad
al-Jarha
al-Rassoul
al-Aaleb
al-Mahdi
Dar-al-Islamia
Sayed Nasrallah
sheikh Naim Kassem
Invasion du Liban
Quds on line
Intiqad
al-Intiqad
The Islamic Health Society
Baqiat
Islamic Resistance Liban
Office of the Supreme Leader
al-Manar TV Liban

Iran : Office of the Supremer leader


C'est assez effrayant de penser qu'en vertu du Patriot Act le FBI peut entrer chez vous sans mandat par effraction mais que d'autre part le Hezbollah peut diffuser en toute impunité sa propagande depuis le territoire américain.

PS : Si vous désirez envoyer un message personnel au Président iranien, adressez votre email à Admadinejad

HAMAS : APRES ARAFAT, LE DOUBLE LANGUAGE CONTINUE

On croyait bêtement qu'il n'y avait que Yasser Arafat et le PLO pour pratiquer le double language. Que nenni ! Voilà que ces messieurs du Hamas, la force montante de Palestine reprenne la charrue là où feu Arafat l'avait abandonnée.

Dans une récente (16 mars 2006) interview à la chaine américaine CBS, Ismail Haniyah (photo), Premier Ministre désigné du Hamas, a déclaré espérer signer un jour un accord de paix avec Israel. Ce genre de propos ne provoque plus grand effet dans les capitales occidentales car on a trop souvent entendu des déclarations pacifiques de Arafat précéder des attaques sanglantes (cf. statistiques 2000-2006) contre Israel. Mais tout de même, lorsqu'il s'agit du Hamas, on tend l'oreille. Sait-on jamais !!

Et bien, ne la tendez pas trop. Car, dès que le micro de CBS a été tourné sur la position "Off", Mushir Al-Masri, député du Hamas à l'Assemblée parlementaire de Palestine, a déclaré que "de telles déclarations, rapportées par CBS, étaient dénuées de toute vérité et qu'elles font partie d'une stupide campagne occidentale en vue de semer le trouble et la confusion dans l'esprit des Palestiniens." Et d'ajouter:" Tout cela n'a pour but que de miner la crédibilité du Hamas dans la tête du peuple palestinien."

Il est vrai que l'article 13 de la Charte du Hamas prévoit que "renoncer à quelque portion du territoire palestinien (i.e. reconnaitre Israel) est renoncer à une partie de notre religion." Pour accepter l'existence d'Israel, le Hamas devra d'abord envoyer à la ferraille une partie de son idéologie religieuse. On comprend que vis à vis de ses fidèles, le parti adopte une attitude ultra orthodoxe. Savoir ce que ses leaders pensent réellement de l'affaire est, comme on dit à Washington, "an other issue".

Friday, March 24, 2006

ISRAEL : LES ELECTIONS OUBLIEES

DERNIERE HEURE. Olmert a gagné. S'il met en oeuvre le programme du parti, quelque 60.000 colons de la Rive Occidentale du Jourdain seront affectés par la décision unilatérale de retrait.
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A quatre jours des élections législatives israéliennes à la Knesset, la presse occidentale, aussi bien américaine qu'europénne, est largement indifférente à la question. Pourtant, le successeur d' Ariel Sharon sortira des rangs du parti vainqueur et une fois encore l'avenir des relations israélo-arabes en dépend. Trente partis politiques présentent des candidats.
Tout le monde donne comme gagnant des élections, le parti Kadima de l'actuel Premier Ministre par interim Ehud Olmert (cf. photo), successeur d'Ariel Sharon dont on entend encore moins parler que des élections. Le parti soutient la création d’un " second Etat dont la création même résout le problème des réfugiés, à condition qu’il ne soit pas un état terroriste". Il prévoit tout de même d'annexer Jerusalem-Est ce que les Palestiniens n'accepteront jamais.

En attendant, Ehud Olmert, ancien membre du Likoud (Centre Droit) qu'il a quitté pour suivre Sharon dans la formation du parti Kadima, est un homme inconnu du public occidental mais peu apprécié des Israéliens. On le dit arrogant, opportuniste, autoritaire, hostile à la presse, vindicatif et passablement porté sur le copinage pour ne pas dire la corruption. Elu à la Knesset à 29 ans, Olmert a notamment été ministre de la santé, deux fois maire de Jerusalem, ministre de l'industrie, responsable de grands travaux et de projets de transports collectifs. On dit aussi qu'il a une faiblesse pour le favoritisme politique et a souvent bien placé les copains du Likoud.

Mais la plus grande critique vient de la presse qui n'apprécie pas ses manières autocratiques, son comportement vindicatif, ses suspicions infondées de vouloir sa peau, ses façons de mettre en oeuvre des représailles ou encore de traiter les journalistes hostiles de "terroristes", "vampires", "criminels" ou "anti-sionistes". Toutefois, le programme assez conciliant du parti en politique extérieure semble le porter sur la vague du succès electoral. Les Israéliens aspirent à la paix et il n'est pas exclu que le Hamas, malgré ses rotomontades et sa pratique du double language, ait les mêmes ambitions.

Alors que le paysage politique d'Israel a plus changé au cours des derniers mois qu'en 20 ans, l'indifférence de l'Occident à la montée de cet homme étrange est toutefois bizarre. Il a surgi de nulle part alors que tout le monde donnait gagnant comme futur PM Shimon Peres qui a rejoint lui aussi le Kadima. Les caciques du Kadima ont fait savoir qu'ils préféraient Olmert à un ancien du Labour.

Tout observateur attentif de la vie israélienne a en effet remarqué qu'en moins d'un an, des changements majeurs sont intervenus en Israel : 1- Ariel Sharon n'est plus PM 2- Ehud Olmert est donné gagnant par un ras-de-marée électoral
qui crédite le parti de 37 ou 38 sièges sur les 120 de la Knesset 3- Shimon Peres n'est plus membre du parti Labour 4- le boute-feu Tzahi Hanegbi (1) demande le retrait des colonies de la rive Occidentale du Jourdain 5- le Hamas est au pouvoir en Palestine 6- le parti Likoud de Benyamin Netanyahou (photo ci-dessus) est très mal en point 7- sur les 30 partis en présence, 5 d'entre eux se prononcent pour le retrait des territoires occupés depuis 1967 dont deux sont purement israéliens, le Hadach (parti communiste) et le Meretz-Yahad (Gauche), les trois autres sont des partis arabes de Gauche ou Ex-Gauche.

De ce contexte totalement métamorphosé, l'opinion publique internationale semble n'être pas réellement informée. Tout a changé en Israel-Palestine en quelques mois mais, comme l'issue des élections parait ne pas faire de doute, le monde roupille et la presse occidentale somnole.

(1) La mère de Hanegbi était membre du groupe Lehi (en Hébreu, Lohamei Herut Israel, Combattants pour la libération d'Israel) formation paramilitaire terroriste qui luttait contre le mandat britannique sur la Palestine avant l'indépendance. Le groupe Lehi est notamment responsable du massacre de Deir Yassin, de l'assassinat de Lord Moyne et du Comte Folke Bernadotte. Les Britanniques le désignaient sous le nom de Stern Gang du nom de son fondateur Avraham Stern, un intellectuel d'origine polonaise qui fut abattu par les Anglais en 1942. (voir ci-contre la photo du timbre émis à son effigie en 1978 par l'Etat israélien)

LA DEMOCRATIE SAUCE GADDAFI : MEURTROCRATIE

"Au Proche Orient, l'opposition se manifeste différemment que dans les pays occidentaux. Dans nos pays, elle prend la forme d'explosions, d'assassinats et de meurtres." Ainsi parlait non pas Zarathoustra mais le musulman sunni Muammar al-Gaddafi, chef d'Etat lybien depuis 1969, lors d'une video conférence retransmise depuis Tripoli et organisée cette semaine par l'Université de Colombia (NYC).

Le Colonel en a profité pour déclarer que la démocratie américaine était du "bidon" (fake) et que le gouvernement américain était un nid d'espions sur le bon peuple. Ce qui n'est pas loin d'être vrai depuis que la réforme du Patriot Act permet au FBI ou à la CIA d'entrer chez vous par effraction sans mandat et sans être tenu de vous signaler qui a commis l'effraction pendant un délai d'un an.

N'allez pas pendant ce délai vous plaindre à votre assureur, il vous répondra que si l'effraction est le fait du FBI, il ne vous doit rien. Au moins pendant un an. Quand est ce que les Américains vont décider d'aller vivre chez Gaddafi, toute la question est là.

* Quelques photos de Lybie, pays magnifique et vierge de tourisme occidental

ARABIE SAOUDITE : LE KORAN PREND UN COUP DE JEUNES

Les choses changent rapidement au pays de l'Islam wahhabite contrôlé en gros par deux clans : d'un côté, les al-Saud et leurs 7000 princes et princesses, de l'autre les al-Alsheikh, descendants de ibn Abd al Wahhab (1703-1792), le Sheikh intolérant et fanatique qui imposa un Islam puritain et sectaire au berceau de la Kabbah (cf. photo) grâce à un deal politique avec les Saud qui tient toujours.

La principale raison de ce changement plus rapide que ne le souhaitent les Wahhabites est simple : la démographie. En Arabie, 60% de la population a moins de 30 ans et un Arabe sur trois a moins de 14 ans, faisant de ce pays un des plus jeunes au monde. La raison de cette démographie galopante est également simple : l'argent du pétrole. Les ressources dégagées par le premier choc pétrolier en 1973 ont incité les familles dominantes et les classes moyennes supérieures à faire des enfants. Dans les années 75-90, le taux de croissance de la population été de 5% par an, faisant passer le nombre de 6 millions en 1970 à 18 millions en 1990. (1)

Et, comme on dit aux USA, les baby boomers arrivent sur le marché. Ils sont éduqués, internétisés, mieux informés grâce à Aljazeera TV et ne prennent plus tout ce que leur disent les émules du prophète comme paroles d' ...Evangiles. Le Koran a pris un coup de jeunes. En outre, ils n'ont plus les poches pleines de royalties comme leurs parents dans la mesure où la baisse du prix du brut a dramatiquement fait chuter le revenu national par tête : en 1981, il était de $18.000, en 2005 il était tombé à $12.900. (2) Quand la bourse se dégonfle, la tête des gens s'enfle de questions.

Là-dessus est intervenu September 11 qui a agi comme une onde de choc sur les esprits des Arabes Saoudiens. Première question : comment se fait- il que 15 des 19 terroristes impliqués dans ces attentats soient d'Arabie Saoudite ? Deuxième question : comment se fait-il que le clergé wahhabite condamne les Shiites comme étant kufir, c'est à dire incroyants, au pays de naissance de l'Islam ? Autres questions : comment se fait-il que le terroriste #1 soit un Saoudien et qu'avec des excédents budgétaires de $50 milliards, le taux de chômage (non officiel) soit de 25% (3) et que la grande peur des jeunes diplômés est de rester sur le carreau ? A toutes ces questions, il va falloir des réponses rapides. Très rapides. Le roi Abdullah a commencé un timide programme de réformes (qui semble révolutionnaire au clergé wahhabite) et le prince Mohammed Al-Faisal s'efforce du haut de ses pyramides de businessman de faire changer les habitudes.

Il parait -mais je n'en ai jamais entendues- qu'il y a même à Ryhad et ailleurs des heavy-metal jam sessions clandestines tenues dans des bunkers souterrains. Sans alcool, sans drogues et sans filles. Bref, la révolution n'est pas encore là mais on s'en approche à grands pas car, il y a 10 ans, seulement, de telles orgies auraient été passibles de la peine de mort.


(1) Le taux actuel annuel est retombé à 2.35%, avec une population totale de 26 millions.
(2) Source : CIA Facts Book 2005
(3) Officiellement de 13% mais ne prend en compte que la population mâle

Thursday, March 23, 2006

TROIS ANS DE GUERRE EN IRAK : BILAN STATISTIQUE

1) morts civils - 33661
2) US morts militaires - 2314, UK 103
3) policiers irakiens tués - 1914
4) militaires irakiens tués : de 45.000 à 75.000 selon la Brookings Institution
5) coût quotidien de la guerre pour les USA - $200 million
6) nombre d'armes de destruction massive trouvées - 0
7) le policier, le docteur, le soldat ou l'instituteur irakien gagne de 5 à 10 fois plus qu'avant l'invasion
8) les forces de sécurité irakiennes ne controllent qu'environ 50% du pays
9) espoirs pour l'avenir immédiat : - la plupart des Irakiens anticipent encore plusieurs années de violence sectaire et d'instabilité
10) le rating de popularité du Président George W. Bush - seulement 29% des Américains approuvent sa gestion de la situation en Irak
11) la liberté politique en Irak - on est passé d'une situation de pénurie totale de la presse et de l'information à une situation de surabondance avec des dizaines de journaux, stations de TV et partis politiques.

QUAND L'OCCIDENT IGNORE LE PROBLEME KURDE

Les leaders européens et Mister Bush, alias President Moron (1), qui a le mot de démocratie sur le bord des lèvres, comme une grosse verrue, dès qu'il parle de l'Irak, feignent d' ignorer que les Kurdes (en majorité Sunnis) font aussi partie de cette région mouvementée et que plus de 15 millions de Kurdes vivent en Turquie, cette militarocratie supportée par Washington et l'Union Européenne depuis des décennies.

Car le régime policier qui (sé)vit à Ankara est en train de poursuivre de sa haine près de 50 intellectuels kurdes turcs et notamment un Monsieur Fatih Tas, éditeur en 2006 d'un livre écrit en 1997 par l'Américain John Tirman, professeur au MIT, sur les relations américano-turques. Cet ouvrage -trop véridique pour ne pas faire de peine- a eu le (mal)heur d'irriter les petits dictateurs d' Ankara qui - à force de proclamer leurs intentions démocratiques- viennent d'être admis au processus d'adhésion au cercle européen du libre échange et de la monnaie unique, pompeusement appelé Union Européenne. En réalité, on a entamé le processus car on avait la trouille qu'en les rejetant ils deviennent encore moins démocratiques et tournent tous "terroristes", c'est à dire islamistes. Mieux vaut une bande de fachos laics, pense-t-on à Bruxelles, que des cohortes de "suicide bombers" islamistes. Surtout si Washington pousse à la roue et fournit le bon élève en ADMK (armes de destruction massive des Kurdes). Toutefois, l'accord prévoit que «en cas de violation sérieuse et persistante par la Turquie des principes de liberté, de démocratie, de respect des droits de l’homme, des libertés fondamentales et de l’état de droit sur lequel l’Union est fondée, la Commission européenne [...] recommandera la suspension des négociations d’adhésion ».

C'est à mourir de rire eu égard à ce qui se passe avec ce pauvre Fatih Tas, 26 ans, qui risque la taule et sa vie n'est qu'une longue suite de brimades et de persécutions. Non satisfait de faire ces misères aux intellectuels kurdo-turcs, le régime militaire d'Ankara a averti le monde (c'est à dire Washington) que si la ville irakienne de Kirkouk -riche en pétrole- tombait entre les mains des 3 millions de Kurdes d'Irak, il y aurait du grabuge. En effet, si les Kurdes contrôlent Kirkouk, les Kurdes d'IRak n'auront plus besoin de l'aide de certains Etats arabes -comme la Syrie qui abrite le leader du PKK Abdullah Ocalan (2)- pour proclamer son indépendance en Irak et créer un Etat kurde autonome ce qui provoquerait immédiatement un soulèvement chez leurs frères turcs. On peut s'attendre avant même d'en arriver là à une terrible répression turque en territoire kurde en Irak. Ankara n'a pas laissé planer de doutes et Bruxelles n'a rien dit.

Que Bruxelles ne dise rien, tout le monde s'en fout car personne ne se fait d'illusions sur le soutien que l'Europe -cette construction bureaucratique au ventre mou et trop plein- est capable d'apporter aux mouvements d'indépendance des minorités opprimées ou aux revendications démocratiques de courants nationalistes. Du coup, c'est Washington (qui soutient les Kurdes irakiens mais pas les Kurdes kurdistes) et ses prétentions à implanter la démocratie en Irak i se trouvent sérieusement contrecarrées : soudain, comme un coup de théâtre non prévu par le metteur en scène, le mot d'ordre démocratique valable pour l'Irak ne l'est plus pour le Nord Est du pays où se trouve l'enclave kurde et encore moins pour cette partie de la Turquie où vivent des Kurdes.

Les Turcs peuvent mettre en taule et trainer devant les tribunaux du pays une bande d'intellectuels et d'écrivains kurdes, G.W. Bush et les chefs d'Etat européens s'en moquent. Vous ne les entendrez pas, ces petits messieurs. Il ne faut pas faire de peine aux Turcs. Laissons les Kurdes se faire tabasser, jeter en taule ou simplement empêcher de faire leur boulot ! D'ailleurs, le Gal. américain Peter Pace, président du Joint Chiefs of Staff, a récemment déclaré aux Turcs que les Etats Unis faisaient tout leur possible pour éliminer le PKK, parti séparatiste kurde, qui est considéré par Washington et l'Union Européenne comme terroriste.

Cela ne vous rappelle pas le soutien insensé des Européens et des Américains à ce tyran qu'était le Shah d'Iran ? Je me rappelle encore les Fêtes de Persepolis au début des années 70 et comment tout l'Occident est allé se gauberger dans les fastes écoeurants de cette Cour rétrograde après s'être rempli les poches dans la préparation des orgies perses !! Baaaah !! L'Occident n'a pas volé les ayatollahs.

En tout cas, cela ne coûte rien, vous pouvez toujours envoyer un e-mail à l'ambassade de Turquie à Paris après avoir copié et collé ceci :"Après les Arméniens, les Kurdes !! Assez avec les holocaustes !!" De plus en plus, les manifestations et les protestations perdent de leur effet au profit de ce genre de propagande qui a le don d'irriter les nerfs des interessés au plus haut point et finit par exercer sur eux une véritable pression de tous les instants. Essayez la !

(1) Un moron aux USA est une personne "mentally challenged".
(2) Le PKK est loin de jouir du support de toute la population kurde de Turquie et d'Irak du fait de son extrêmisme et de son vague marxisme. De nombreux Kurdes le considèrent comme un parti terroriste, tout comme le font les Etats Unis et l'UE.

Wednesday, March 22, 2006

GUERRE CIVILE DU POULET EN SYRIE

La guerre civile fait peut-être rage de l'autre coté de la frontière syrio-irakienne, mais du côté syrien, c'est la guerre du poulet yankee qui domine depuis que KFC -j'ai cité Kentucky Fried Chicken- a ouvert en Janvier dernier sa première franchise à Damas, capitale culturelle et islamique du monde arabe (ou qui se veut telle). Les troupes du Colonel H. Sanders, fondateur barbichu et tyrannique de la fameuse chaine, ont investi la Syrie sous les treillis de la Kuwait Food Company (Americana Group) qui détient et opère la licence de KFC, Pizza Hut, Baskin Robbins and TGI Fridays au Proche Orient.

Certes, il s'agit de capitaux arabes et pas réellement d'une invasion stricto sensu du capitalisme américain ; toutefois, c'est un symbole. La culture américaine du poulet, après celle de PepsiCola, s'introduit dans le sanctuaire de l'islam culturel et hyper-nationaliste. Les mannes de Faysal I -premier Roi d'Irak et héphémère souverain syrien avant que les Français le foutent à la porte dans les annés 20- doivent en frémir dans la tombe.

Pour sa part, selon mes informations, le peuple syrien est très divisé sur la question : les jeunes affluent même si la part de poulet coûte l'équivalent de 3 dollars (une fortune pour un budget moyen). Certains "insurgents" -comme dirait Bush- ont lancé un boycott et adjurent -sous la bannière d'un programme baptisé "A thought for food" - leurs compatriotes d'aller bouffer leur poulet dans le bouiboui du coin (cf photo) où il ne coûte que quelques cents. D'autres - sans doute des fils de famille locaux- se précipitent en masse dans le resto qui fait figure d'endroit branché où il faut être vu. Pendant ce temps, près de 2 millions de Syriens sur 18 millions ne peuvent satisfaire leurs besoins alimentaires de base, selon Syria Today.

Un des serveurs de l'endroit explique même que le boycott a engendré une "pub" pas croyable pour le business et que cela a économisé au groupe koweiti des frais de réclame importants. Un autre observateur fait remarquer que l'usine à poulets yankee crée des emplois et que si le boycott était trop efficace, il finirait par créer du chômage.

Si seulement Bush avait eu l'idée d'imiter le Colonel Sanders et d'installer en Irak des succursales de CocaCola et IHOP (International House of Pancakes) au lieu de faire avancer ses tanks, peut-être même que Saddam Hussein aurait accepté de déterrer ses fameuses WMD (weapons of mass destruction) dont tout le monde sait désormais qu'elles n'ont jamais existé que dans l'imagination de George W. Bush.


GUERRE CIVILE ALGERIENNE : 200.000 MORTS

On n'avait fini par l'oublier -si on l'a jamais su- et la presse française de désinformation se garde bien d'en parler ; la guerre civile en Algérie au cours des années 90 a fait près de 200.000 morts. Selon le Premier Ministre algérien lui-même qui ose avouer des faits que nos journaux gaulois taisent prudemment, l'armée algérienne aurait tué 17.000 Islamistes (en Irak, on parlerait d'insurgés) tandisque les affrontements clanesques, tribaux, religieux, mafieux et autres vendettas locales auraient provoqué la mort de 180.000 autres malheureux.

C'est curieux de constater que l'invasion de l'Irak que je suis loin de soutenir et dont je pense que c'était une grossière erreur -do not get me wrong on this- a fait jusqu'ici à peu près autant de morts : plus de 2200 parmi les troupes américaines, plus de 1000 pour les sous-traitants, journalistes, travailleurs sociaux, otages étrangers, 33.000 pour les civils et de 45.000 à 75.000 pour les militaires irakiens, y compris les fameux "insurgés". Ainsi en juste trois ans, l'Irak aurait fait la moitié des victimes de la guerre civile algérienne qui a duré 10 ans.

On se demande ce que va devenir ce chiffre lorsque la guerre civile -dont Bush nous jure qu'elle n'a pas lieu actuellement- éclatera. Pour sa part, le ministre algérien de l'Intérieur a fait savoir qu'il y avait encore 800 insurgés en planque dans le pays (il parle de rebelles) et que le gouvernement était décidé à se les payer. En tout état de cause, a conclu le cher et pacifique homme qui a récemment reçu Donald Rumsfeld, "mon gouvernement n'est pas disposé à lever l'Etat d'urgence" en vigueur depuis 15 ans. Les Américains ont du plain sur la planche en Irak. Est ce que le ministre algérien a tuyauté Rumsfeld sur les trucs pour éliminer les "insurgents" ?
J'aimerai bien savoir.

Monday, March 20, 2006

ET PENDANT CE TEMPS-LA EN TURQUIE....

A Kurdish demonstrator throws stones at patrolling police vehicle in Istanbul, Turkey, Sunday, March 19, 2006. Thousands of Kurds shouting slogans in praise of imprisoned Kurdish rebel leader Abdullah Ocalan demonstrated across Turkey to mark the Newroz spring festival. The festival is mainly a Kurdish event in Turkey and Iraq. (AP Photo/Osman Orsal).

DU PARTI BAAS A SADDAM : LA TRAGEDIE GOES ON AND ON AND ON

L'arrivée du parti Baas au pouvoir ne va pas changer grand chose à la vie politique du pays. Créé dans les années 40 par un Chrétien libanais Michel Aflaq et le Syrien musulman Salah al-Din al-Bitar, il est à la fois socialiste, nationaliste et Pan-Arabe. L'influence française y est prédominante et tous deux d'ailleurs étudièrent à la Sorbonne à Paris. Il a été dit par la suite que Assad en Syrie et Saddam Hussein en Irak utilisèrent les préceptes national-socialistes et pan-arabes du Ba’athisme comme un paravent pour organiser ce qui fut en fait des dictatures militaires. On peut discuter le fait ou faire d'étranges parallèles avec l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler qui s'est dit socialiste, nationaliste et pan-allemand.

Un Conseil national pour un pouvoir révolutionnaire, composé de civils et militaires, fut mis en place avec des pouvoirs mixtes, exécutifs et législatifs. Le leadership du Conseil fut attribué au Colonel Ahmad Hassan al- Bakr, un officier du parti Baas. Toutefois, dès la fin de l'année, le Président de la 1ère République Arif évicte al-Bakr et prend le pouvoir qu'il va garder jusqu'en 1968 sans chercher à former une Assemblée Nationale. Excédés , des officiers du parti Baas renversèrent le gouvernement en 1968 et réétablirent le Conseil Révolutionnaire avec autorité absolue. Le CR réélit al-Bakr président de la République et invita an-Nayif à former un gouvernement. Peu intéressé aux questions administratives du pouvoir et devenu malade, Al-Bakr s'appuya de plus en plus sur un officier du nom de Saddam Hussein pour l'exercice quotidien du pouvoir.

Dès la fin 1968, l'opposition kurde au Nord -soutenue par l'Iran- commenca à provoquer des troubles dans le pays et en 1970 Bagdad reconnut officiellement les Kurdes en tant que "groupe national" admis à former une entité admnistrative autonome à partir de 1974. Le leader kurde al-Barzani toutefois prit le mouche en 1974 et entra en guerre avec l'aide du Shah d'Iran au sujet du tracé de la frontière dans le Shatt-al-Arab. Des négociations entre Teheran et Bagdad mirent fin aux hostilités kurdo-irakiennes. A partir de 1975, le Parti communiste irakien fut persécuté et pratiquement tous les partis d'opposition furent menacés ou brimés. Le parti Baas finit la décennie comme pratiquement le seul parti admis en Irak.

A partir de 1977, des négociations entre Damas et Bagdad en vue d'une union économique et militaire, tendant vers une union politique tout court, débutèrent mais elles butèrent vite sur la question de déterminer lequel des deux pays assurerait le leadership de l'Union. Lorsque al-Bakr démissionna de la présidence en 1979, Saddam Hussein lui succéda immédiatement mais dans les semaines qui suivirent expurgea la parti Baas et les membres du Conseil Révolutionnaire au motif qu'ils avaient conspiré en vue d'un coup d'Etat avec l'appui de Damas.
Vraie ou fausse, l'affirmation mit un fin au rapprochement syro-irakien et aux tentatives de créer en Irak une Assemblée Nationale digne de ce nom. Saddam Hussein devint rapidement le dictateur le plus féroce du Moyen Orient. Dès son accession au pouvoir, les heurts avec l'Iran dont le Shaf est renversé à la même époque s'accentuent du fait que les nouveaux maitres de la Perse détestent le régime laic de Bagdad et rêvent de le renverser pour y substituer une dictature religieuse shiite.

En Septembre 1980, l'Irak envahit l' Iran et la guerre va durer 7 ans, faisant un million de morts à un coût monétaire de 1200 milliards de dollars. Soutenu par l'Occident et ses vendeurs d'armes, l'Irak put prendre le dessus sur son adversaire et en août 1988, sous l'égide de l'ONU, un cesser-le-feu fut signé. Aucun des deux pays ne gagna quoique ce soit à la plus longue guerre du XXème siècle.

Même pas remis de la saignée, l'Irak va reprendre le chemin de la guerre, toujours sous la dictature Saddam, en Août 1990 lorsque le dictateur irakien tente d'annexer le Koweit. En huit mois, les alliés de plus de 30 nations repoussent les armées irakiennes et rétablissent les émirs koweitiens, en exil à Londres où je les ai vus parader pendant six mois dans leur Rolls-Royce, sur leur trône de mini-dictateurs. La guerre va coûter quelque 100.000 morts (et 300.00 blessés) aux populations irakiennes. L'après-guerre connaitra une répression féroce des soulèvements kurdes qui produira quelque dizaines de milliers de morts supplémentaires, notamment par armes bactériologiques.

L'Irak va connaitre une paix relative jusqu'en 2003 lorsque les Etats Unis décident -à la suite d'une attaque terroriste sur le World Trade Center et le Pentagone- de renverser Saddam Hussein et de finir le boulot que Papa Bush avait sagement refusé d'effectuer en 1991. Pourquoi un fils a-t-il été plus bête que son père, c'est une question à laquelle les historiens auront à répondre. Pour le moment, les Américains sont enlisés en Irak et ne sont pas prêts de s'en sortir.